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L'autocompassion, une cure à la quête de perfection



Dans cet article, La Pose explore notre propension à nous en demander toujours plus dans le but d'exceller. Un voyage tout en douceur au coeur de nos émotions difficiles, à destination de la réconciliation et de l’apaisement.




Quand j'ai mis les yeux sur l'ouvrage S'aimer, Comment se réconcilier avec soi-même de l'autrice américaine Kristin Neff, je me suis tout de suite dit: "pas ENCORE un de ces bouquins qui nous écartent plus qu'il ne nous rapproche de notre besoin de nous sentir adéquat!"


C'est vrai, j'en ai assez qu'on nous rabatte les oreilles avec des solutions toutes moins nuancées que scientifiquement prouvées afin d'accéder à une vie saine. Comme s’il suffisait de formuler nos souhaits à l'univers pour que ceux-ci se matérialisent.

Selon la thérapeute, Gisèle Aubin, tout désir, pour se matérialiser, doit passer par l'action, laquelle passe par la mobilisation. Pour frapper dans le mille, notre engagement doit aussi être réfléchi et nos gestes répétés. Penser que seule la pensée positive a le pouvoir de rendre tangibles nos rêves, c'est comme croire qu'on contemplera un jour le monde du sommet de l'Everest, sans jamais s’entrainer pour développer les capacités physiques pour y monter.


Tout comme le coeur, l'autocompassion a ses raisons


On le comprend dès l’ouverture du livre, l’autocompassion, puisqu’en marge des courants populaires de pensées, doit se justifier.


Si habitués que nous sommes à vouloir nous parfaire, l’autocompassion au premier abord peut faire peur à ceux qui ont appris que l’accomplissement de soi s’acquiert en étant sûr de soi.


C’est d’ailleurs ce que je croyais très profondément avant la lecture de ce livre.


N’est-il pas admis dans nos sociétés occidentales que la personne qui s’estime positivement, s’en sort mieux que celle faisant piètre figure à ce chapitre? L’estime de soi à la cote.


Or, selon les recherches de l’autrice, l’estime de soi est un piège. L’estime de soi induit que l’on doive se comparer pour s’estimer. Que c’est en se mesurant aux autres que l’on sait où on se situe. Mais qui peut prétendre ne jamais faire d'erreur? Personne. Acquérir une plus grande estime de soi est (selon elle) donc une quête stérile, dépourvue de sens et, somme toute, assez épuisante.


Puisque nous sommes humains, nous nous trompons parfois, voire très souvent, de cible. Nous rencontrons des obstacles, nous nous transformons tous les jours, au fil des expériences vécues. Ainsi, par sa nature changeante, la vie nous amène à revoir nos objectifs et le parcours que nous empruntons pour les atteindre. Il advient donc, dans la majorité des cas, que nous n'atteignons pas nos buts, que ceux-ci débouchent sur d'autres opportunités.


On peut définitivement faire usage de la pensée positive et de la visualisation lorsqu'on cherche des moyens pour motiver nos actions. Or, il est aussi important de se rappeler que le bonheur n'a rien de statique, ni de linéaire. Il va et vient, n'est jamais définitif.


Un livre doux et intelligent


Dans son livre, Neff nous convainc habillement que l'estime de soi n'est pas une unité de mesure adéquate de notre valeur et c'est ce qui fait que l'on tombe sous le charme de l'autrice et de sa méthode. Si douce, si sensible. Si intelligente!


En outre, l'ouvrage est truffé de références crédibles et issues de sources diversifiées concluant scientifiquement des bienfaits innombrables de l'autocompassion. L'autrice, doctorante en psychologie à l'Université de la Californie à Berkeley, cumule plus de 20 ans d’expériences dans le domaine. Elle compte aussi parmi ses collègues d'éminents professeurs en psychologie, dont le Dr Chris Germer de l'Université Harvard. Avec l'aide de nombreux autres chercheurs primés pour la rigueur de leurs méthodologies, ils analysent et compilent les résultats de leurs études sur l'autocompassion, lesquelles sont habilement vulgarisées dans l'ouvrage.


Ils ont même documenté les bienfaits neuropsychologiques que l’autocompassion aurait sur ceux qui en font leur médecine.


S'extraire de l'hyper performance


Kristin Neff propose donc l’autocompassion pour cure à l’endémique crise d’estime de soi qu’induisent nos modes de vie modernes. Sa proposition: reconnaître et vivre nos souffrances en s’offrant, pour s’apaiser, de la bienveillance. Ainsi, plutôt que de se martyriser d'avoir bafouer lors de notre présentation aux collègues, on s’accorde de la compassion pour le stress que celui-ci induisait en nous. On se positionne en ami, celui qui explique et raisonne nos expériences, apaise nos doutes sur notre valeur.


Selon l'auteur, puisqu'elle nous permet le droit à l’erreur, l'autocompassion nous permet aussi de vivre nos émotions pleinement. Ce qui est plutôt mal perçu dans nos sociétés modernes et hyper performantes. En Occident, on ne doit pas s’apitoyer sur notre sort pour être un gagnant, on doit se parfait, s’améliorer, donc se juger, savoir où on se positionne sur l’échelle de la performance.


Très en dehors des cadres de pensées populaires dans lesquels on encourage surtout la perfection et le plaisir, l'autocompassion détonne. Pensons fil Instagram, comptes Facebook et TikToc. Qu’y voyons-nous? Des visages souriants, des vies parfaites…auxquelles on se compare beaucoup et qui nous font sentir toujours plus inadéquats, pas assez si, pas assez ça.



Rationnellement cependant, ces vies elles ne sont que fabrication. Elles n'existent comme telle que lorsqu'elles vivent au sein des cadres paramètrés par les algorithmes et qu'elles sont organisées par nos likes. À l'extérieur de ce cadre imaginaire, ces vies, elles sont comme les nôtres: imparfaites, parfois joyeuses, parfois tristes.


Pourtant, ces images tendent à nous faire croire que pour avoir de la valeur il faut toujours être plus "en ligne" avec ces modèles. Des gens connus, mais idéalisés par le filtre de nos téléphones. Des gens qu'on aime, qu'on choisit mais avec lesquels nous entrons, malgré nous, en secret, un peu en compétition.


S’offrir de la compassion, c'est se connecter à l'autre


Heureusement, face à ces constats un peu malheureux, l’autocompassion offre des solutions alternatives. Elle nous permet de réaffirmer notre condition humaine. Dès lors, on s'offre aussi une occasion toute particulière de se reconnecter à l'autre. N'est-ce pas séduisant de penser que plutôt que de se comparer négativement aux autres on puisse observer nos failles, reconnaitre que c'est humain de souffrir et, par conséquent, nous sentir tous égaux dans nos peines et nos joies?


Pour moi, cette idée, elle est très rassurante. Je dirais même qu'elle fait plus que m'apaiser, elle me permet d'accéder à l'empathie authentiquement. Parce que je reconnais dans l'expérience de l'autre une part de mes peines, j'arrive à mieux comprendre l'émotion qui l’anime. Je peux même, il me semble, être plus à l'écoute de ses besoins et y répondre plus adéquatement.


L'expérience de l'auto-compassion


Pour en faire l'expérience, La Pose vous invite à trouver un événement lors duquel on a l'impression qu'on a commis une erreur.


Observez vos pensées


Devant l’émotion négative, on se braque souvent, on camoufle, on se justifie. On se cache donc à nous-même, ce qui nous fait tourner en rond.


Ainsi, prenez plutôt le rôle de l'ami. Que vous diriez-vous?


S’accueillir et essayer de comprendre nos souffrances nous permet de nous apaiser et de se donner du réconfort. C'est la seule chose qui est possible et constructive en ce moment. Faites-le!


Prenez votre temps


Il peut être pénible, voire si inhabituel de vivre pleinement une émotion pour certaine personne, qu'il se peut que vous ne ressentiez rien, que l'accueil et la compréhension soit impossible. Prenez alors un bain, accordez-vous du temps. Les pensées malveillantes et dans lesquelles vous vous jugez viendront vous hanter. Laissez-les venir à vous, sans essayer de les domestiquer, chasser ou expliquer. Observez et notez plutôt.


Quand l'émotion monte, vivez-la pleinement


Vivez pleinement vos émotions mais sans y attacher d'autres histoires. Ressentez à la pièce ce qui monte en vous.


Devant une émotion difficile, il peut nous arriver d'attacher d'autres événements similaires à ce qui vient de se produire pour nous. Ce qui accentue notre désespoir et brouille les cartes de ce qui devrait nous occuper dans l'instant. Essayez de compartimenter.


Ce nouvel échec amoureux, vous ramène à votre divorce? Ce sont pourtant deux événements distincts qui n’ont rien à voir l’un avec l’autre. Il est souvent possible de tirer des conclusions sur les ressemblances entre deux expériences traumatiques mais chaque épisode porte des enseignements différents. Faites la différence entre les deux et accordez-vous de la compassion pour les sentiments de déjà vus que l’épreuve vous fait revivre, sans plus.


Attacher plusieurs événements pénibles ensemble ne fait rien de plus que de vous faire souffrir davantage. Plutôt, tirez des conclusions sur l’évolution des choses, dégagez les différences que vous observez entre ces deux épisodes de votre vie.


Une fois l'émotion installée, faites-vous du bien


Offrez-vous un câlin, achetez-vous des fleurs, prenez une douche chaude, infusez-vous une bonne tisane, sortez voir votre meilleure copine pour prendre l'air...faites ce qui vous plait, vous fait vibrer et vous ramène à vous. Ça n'a pas besoin d'être spectaculaire.


Essayer d'éviter ce qui vous permet de fuir les émotions difficiles, comme l’alcool, les drogues, à moins que vous sachiez vous arrêter quand votre limite est atteinte et que ça vous fasse réellement plaisir.


Rationalisez votre expérience


En vous rappelant que tout être humain a droit à l’erreur, on s’unit aux autres et nous nous sentons compris. On est désormais libres d’être imparfaits. Rappelez-vous donc qu’une peine n’est qu’une expérience.


Comme le dit mon très sage oncle Jean-Maurice: « la vie ne cherche jamais à nous faire souffrir, elle ne cherche qu'à nous renseigner sur ce qui devrait occuper notre attention et sur ce que nous devons apprendre pour devenir plus libres. »


Alors, tirez pour vous des conclusions saines et positives. Quelles actions devriez-vous poser dans une situation similaire la prochaine fois? Que renferme comme trésor ce sentiment de doute, de peine? Devez-vous davantage poser vos limites? Devez-vous plutôt davantage vous abandonner à vos expériences?


Consignez vos conclusions


Parce que la mémoire est une faculté qui oublie, prenez des notes (vocales ou à l’écrit). Elles serviront à la création de nouveaux circuits neurologiques et à l’intégration de nouveaux schémas de pensées.


Cet outil est puissant. Il est d’ailleurs largement documenté. Pour intégrer physiologiquement nos apprentissages, donc ressentir d’autres émotions (plus sécures et moins menaçantes), notre cerveau a besoin de les ressentir. C’est comme ça qu’il va recréer de nouveaux chemins.


C’est ce que les chercheurs nomment la neuroplastie: soit ce pouvoir de sculpter de nouvelles connexions que détiennent nos neuronnes. L’écriture est une de ces méthodes qui contribuent à refaire des chemins dans notre cerveau, ce qui contribue à améliorer notre vécu.


Grâce à l’intégration, les situations stressantes ne s’enlisent plus aussi facilement dans les sillons de nos automatismes. Dès lors, de nouvelles perceptions physiologiques s’offrent à nous afin de nous laisser plus en paix et moins réactifs face aux émotions douloureuses.


Répétez


Comme pour toute bonne habitude, l’autocompassion prend en profondeur lorsqu’elle est mise en pratique. Et ça tombe bien, la vie nous offre immanquablement tous les jours des expériences à intégrer, des histoires à réinventer. Alors, saisissez ces occasions. Faites-en des expériences et entrainez-vous à les ressentir différemment au fil du temps.




Savourez les bénéfices!


Finalement, célébrez vos gains. Cultivez la joie d’avoir une certaine forme de contrôle sur vos réactions. Observez et documentez vos petits bonheurs. Délectez-vous de ceux-ci. On ne choisit jamais ce qui se trouvera sur le chemin mais on peut clairement influencer comment on réagit aux expériences et se réjouir de nos avancées, aussi modestes soient-elles!


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