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Faites preuve de courage, soyez authentiques

Parler honnêtement de ses émotions et se montrer sous notre vrai jour c'est mettre de l'avant son plein potentiel. C'est aussi se libérer d'un lourd fardeau: celui de devoir se conformer à des standards qui ne répondent ni à nos besoins, ni à nos aspirations. Pour ce papier, La Pose vous propose une réflexion sur l'authenticité.


Il me semble que les secrets les plus lourds à porter sont toujours ceux qui impliquent que l'on doive cacher à la face du monde une part de soi. On peut penser à tous ces récits de personnes qui voilent leur identité sexuelle pour ne pas décevoir à un stéréotype social idéalisé ou encore à ceux qui avouent poursuivre une carrière plus pour répondre à un désir familial que dans le but d'accéder à leurs aspirations profondes.


Devant de telles mises en boite, rares sont les récits d'aventures heureuses. C'est dire qu'il semble brûler en nous une volonté d'exister tel que nous sommes dont la force supplante toute forme de motivation et de conditionnement extérieur.


Comme d'autres récits en témoignent, Confession d'un masque, l'oeuvre autobiographique de l'écrivain japonais Yukio Mishima, met en lumière avec brio la souffrance qu'occasionne à l'auteur le fait de devoir, par convention, refouler son identité. L'auteur, ayant grandi dans le Japon assiègé des années 40, y raconte la cassure du mensonge, l'instant où son homosexualité refoulée, ne pouvant plus l'être, percute en lui tous les murs:


"À cet instant, quelque chose au-dedans de moi fut déchiré en deux avec une force brutale. Comme si un coup de foudre avait fendu un arbre vivant. J'entendais l'édifice que j'avais construit pierre par pierre s'effondrer lamentablement. Il me semblait assister à l'instant où mon existence était transformée en une sorte d'effroyable non-être."

Miroir, miroir


Les mensonges, ainsi que certains de nos secrets, sont des miroirs. De ces miroirs devant lesquels on évite de passer au risque de s'y voir et de s'y reconnaître sous un jour que nous préférons ne pas vivre pour ne pas décevoir à nos idéaux.

Qui n'a jamais défendu une position tout en sachant, inconsciemment ou consciemment, que celle-ci renferme une vérité plus grande et plus juste mais aussi plus douloureuse?


Récemment, une amie me confiait avoir quitté son amoureux, prétextant auprès de celui-ci qu'elle ne pourrait pas supporter la vie de couple à distance alors qu'au fond elle espérait, depuis des mois, trouver le courage de le quitter par manque d'amour. Lorsque je lui ai demandé pourquoi elle ne lui avait pas plutôt dit la vérité, elle m'a répondu qu'elle trouvait trop difficile de faire ainsi souffrir quelqu'un.


Me rappelant à une expérience de rupture personnelle, voici l'éclairage que je lui aie spontanément apporté:


"Quitter, donc blesser quelqu'un, n'est jamais chose facile. Or, épargner à tout prix nos proches, surtout ceux qui nous connaissent très bien parce qu'ils ont partagé longtemps nos vies, peut parfois aussi semer beaucoup confusion, ce qui s'avère rarement un service utile à rendre à l'autre. Il est presque improbable qu'une personne laissée n'ait rien senti venir. Devant la rupture, elle se remémorera forcément aux moments d'inconfort, d'insécurité vécus durant la relation et ne sera que plus confuse devant un prétexte de rupture qui ne colle pas tout à fait à ses sentis. Ceci laissera la personne encore plus peinée et pourra même retarder la résolution de son deuil.

C'est donc faire preuve de courage mais aussi d'amour que de parler justement et honnêtement de ses émotions lorsqu'on a quelque chose de difficile à dire à quelqu'un. C'est accepter d'être responsable de son vécu et d'en prendre la charge plutôt que de laisser l'autre, dèjà blessé par vos aveux, le poids de se démêler seul devant des explications bâclées.


Mais, admettons-le, nous cacherons tous un jour ou l'autre à quelqu'un nos vraies raisons. Et si nous le faisons c'est parce que nous avons peur de nous regarder dans le miroir et d'y voir une personne moins juste, moins bonne et moins gentille que cette image que nous nous évertuons à parfaire pour répondre à nos exigences envers nous-même. Pourtant...


Toute vérité est bonne à dire, qu'on se le tienne pour dit!


À ce sujet, on entend souvent dire que toute vérité n'est pas bonne à dire. Et bien, selon le thérapeute en relation d'aide et auteur, Yvan Phaneuf, c'est faux. Toute vérité est bonne à dire dans la mesure où elle est communiquée dans le respect du vécu de l'autre et en toute authenticité. C'est même un extraordinaire moyen, si les deux partis s'y engagent, de faire prendre de la profondeur à nos relations. En contre partie, toujours pour ce professionnel de la thérapie relationnelle, ce seraient plutôt les demi-vérités et les mensonges qui creusent les blessures les plus profondes. Et pas juste chez la personne trahie....chez la personne qui se cache aussi!


Il n'est jamais trop tard pour parler justement de ses émotions, pour faire face à la musique et pour se montrer tel qu'on est. Ceux qui en font l'expérience authentiquement en savent quelque chose. Se dire est libérateur! C'est sans doute pour cela que de sortir du placard ou d'amorcer une nouvelle carrière plus en ligne avec nos aspirations, même si c'est drôlement épeurant, apporte autant de satisfaction.



Le chaînon manquant


Porter un mensonge qu'on se raconte à nous-même est lourd de conséquences. Dépression, dissociation, anxiété... ces troubles sont largement répandus. Pas étonnant de constater qu'il soit socialement rare d'entendre quelqu'un parler de ses souffrances ouvertement.


S'avouer, c'est aussi se déconstruire et se sentir très vulnérable. Tout notre être, depuis l'enfance, s'est érigé selon des paramètres auxquels on s'est habitués, auxquels on s'est attachés. Ces paramètres, aussi faussement fondés sur nos réels besoins soient-ils, ont cependant joué un rôle vital dans nos vies. Ils ont, à toute fin pratique, assuré notre survie.


Prenez, par exemple, le fait d'être convaincu, dès l'enfance, que l'on sera renié par notre famille à cause de notre homosexualité parce que nos parents tiennent des propos très durs à l'égard des communautés LGBTQ+. Notre survie et notre construction en tant qu'enfant et jeune adulte dépendent de notre système familial. C'est ce filet de sureté qui nous offre sécurité, amour, sentiment d'appartenence... Et nous avons tous besoin de cela pour grandir sainement. Nos corps autant que notre intelligence émotive le savent très intimement. Alors, pour grandir et assurer notre survie, notre être s'emploiera habillement à nier notre identité si celle-ci ne cadre pas dans le modèle que votre système juge convenablement acceptable. Certains iront même jusqu'à se dissocier, au point même parfois de ne plus ressentir qu'ils sont en déaveu avec eux-même.


Nous sommes génétiquement faits ainsi. Nos ancêtres nous ont laissé tant de ces chromosomes prêts à tout pour assurer notre survie, qu'il est difficile, même pour celui qui les porte, de reconnaître leurs stratagèmes.


Alors, à go, on lâche prise et on arrête de se juger pour ces traits de caractère qu'on apprécie moins de soi et que notre arrière-grand-père nous a légué, il y a 90 ans, tout à fait malgré nous?


se piéger pour mieux se libérer


Pour sortir du trou dans lequel nos fausses vérités nous enferment, il faut souvent qu'un événement nous y contraigne. On se fait virer parce que l'on n'est plus assez performant à force d'être aussi déconnectés, on se sabote, nous mettons dans des situations pas possibles qui nous poussent à nous faire prendre...les culottes aux genoux.


Alors, boom! Advient le déclic. On doit se dire, sur-le-champ.


Or, devant ce besoin, il est parfois difficile d'être authentique, de s'avouer tel que l'on se retrouve: tout amochés que nous sommes de ne plus nous reconnaître.


On invente donc des stratégies de compensation. On blâme l'autre d'avoir tel ou tel trait de caractère et de nous avoir poussé à la rupture, voire à la trahison. On se cache derrière un déménagement pour vivre notre vie ailleurs, plutôt que de rester près des gens qu'on aime pour partager l'étendue de notre bonheur nouveau avec eux. On quitte un job en prétextant que l'organisation qui nous emploie est devenue inadéquate plutôt que d'avouer que c'est nous qui avons changé...


Se réapprivoiser


Pourquoi de telles stratégies? Certainement pas parce qu'on est des manipulateurs sans coeur et méchants. Tout le monde le fera un jour. C'est humain et ça se nomme de la protection. Nous l'avons vu, c'est même génétique!


Par ailleurs, s'avouer changé, c'est se retrouver complètement mis à nu devant une personne que l'on ne connaît pas: ce nouveau soi-même découvert au détour d'une surprise que l'on s'est faite inconsciemment à soi-même. Taaaadaaaam!!!!


Cela signifie donc faire la paix avec le mal que l'on inflige à l'autre, les bouleversements que l'on provoque lorsqu'on leur apparaît, changé, caressant de nouvelles aspirations toutes aussi inattendues qu'insoupçonnées. C'est déstabilisant pour tous les partis impliqués (que l'on reçoive ou annonce la nouvelle) et ce n'est jamais une tâche facile que de s'assumer.


L'authenticité, un acte courageux


On peut penser, parfois à tord, mais souvent à raison, que nos confidences seront mal reçues et qu'on provoquera plus de mal que de bien en se disant. Tout le monde n'a pas la même maturité face à la nouveauté, le choc. Cela peut parfois donc créer des froids et beaucoup de douleur, surtout au lendemain des révélations. Ce qui s'apaisera avec le temps mais qui est toujours difficile à vivre au début. Alors, on se tait. On choisit le statu-quo à la libération.


Mais, vous savez à qui votre secret fait le plus de mal? À vous! Garder pour vous la vérité, ne vous éloigne pas juste des gens que vous aimez, elle vous écarte de vous-même et peut grandement vous fragiliser au fil du temps.


Se parfaire, comme le dit et redit la chercheuse, conférencière et autrice, Brene Brown, c'est:

"arriver à être si authentiquement soi-même que l'on embrasse nos vulnérabilités au point qu'elles deviennent nos forces les plus vibrantes."

Alors vous devez choisir: parler de vos réalités maintenant, vivre les sentiments difficiles que ça vous fait vivre et passer à autres choses éventuellement ou vous taire et jongler avec les inconvénients que cela comportent pour vous et les autres. Ne soyez pas dupes, vos proches, ceux qui vivent auprès de vous et vous aiment, savent que quelque chose entre vous ne tourne pas rond. Par contre, ils ne sont pas clairvoyants. Il n'en tient qu'à vous pour qu'ils vous voient et apprennent à vous connaître tel que vous êtes.


En étant authentique et en acceptant que les autres ont aussi droit à la vérité, on accepte mieux d'infliger de la douleur. Et, si on accueille l'autre dans sa peine, on a toutes les chances de renouer, en temps et lieu, tout en laissant des traces positives de notre passage dans la vie de l'autre.


Le jour de l'authenticité

Le jour du grand dévoilement arrive à grands pas et vous craignez de ne pas avoir la force nécessaire pour passer aux aveux?


  • Rappelez-vous d'abord que c'est normal d'avoir peur.

  • Puis, observez, vivez et accueillez toutes les émotions que font naître en vous l'aveu. Soyez le plus honnête possible, prenez des notes au besoin. Elles vous aideront à clarifier vos idées et à parler avec justesse de vos motivations.

  • Soyez bienveillants envers vous lorsque vous êtes tenté de vous flageller pour ce qui monte en vous. Toutes les émotions sont acceptables.

  • Répétez dans le miroir ou avec une personne de confiance ce que vous devez dire. Cela vous permettra de repérer ce qui sonne faux pour vous et de réajuster au besoin.

  • Évitez de culpabiliser l'autre pour vos choix. Vous seul avez la responsabilité de vos décisions. L'autre les subit déjà, rappelez-le vous!

  • Plutôt que tomber dans la culpabilisation, exprimez les malaises et émotions qui vous poussent à prendre cette nouvelle avenue.

  • Prenez tout le temps qu'il vous faut pour vous livrer à l'autre. Mieux vaut parler plus tard et justement que trop tôt et faussement.

  • Faites preuve d'assez de grandeur d'âme pour ne pas vous transformer en un monstre de froideur. L'autre vous sera reconnaissant de vous être montré doux et à l'écoute de ses émotions.

  • Attendez-vous à toutes les formes de réaction. Arrivez ouverts et réceptifs. Et sachez que les émotions peuvent changer avec le temps. Si vous parlez juste et avec respect mais que, tout de même, au dénouement de la conversation, vous vous éloignez, vous pourrez au moins vous dire que vous avez fait de votre mieux.

  • Accueillez toutes les émotions de la personne à laquelle vous faites vos confidences.

  • Permettez à la personne de vous posez des questions. Répondez-y.

  • La personne à laquelle vous vous livrez peut être sous le choc, ses émotions peuvent être fortes, inattendues. Accueillez-les et rappelez-vous qu'elles appartiennent à l'autre et qu'elles sont valables, même si elles vous rendent inconfortable. Parlez de ce que l'émotion de l'autre vous fait, sans dramatiser vos émotions respectives.

  • Écoutez, sans vous justifier.

  • Rappelez-vous que le temps permettra à l'autre de mieux vivre ses émotions. Accordez-lui ce temps, même si ça vous semble long. Rappelez-vous que, contrairement à vous, elle n'était pas préparée à recevoir toutes ses confidences.

  • Il se peut que vous commettiez des erreurs en communiquant, malgré tout. Admettez-les, tout simplement.

  • Pardonnez-vous d'avoir communiqué maladroitement si ça vous arrive. Comme m'a déjà si sagement écrit mon amie, Faye Dea Jalbert: "Vous êtes humains et il n'y a pas de bonne façon d'être humain!"


Vous êtes celui qui doit accueillir les aveux?


  • D'abord, accordez-vous du temps pour digérer la nouvelle, vivre vos émotions et prendre du recul.

  • Faites-vous du bien et accordez-vous des moments de bienveillance à votre égard.

  • Rappelez-vous que toutes vos émotions ont le droit d'être exprimées et vécues.

  • Choisissez des personnes de confiance pour exprimer vos émotions. La personne qui vous a fait ses aveux n'est peut-être pas la meilleure personne à laquelle vous confier en ce moment. Tournez-vous plutôt vers vos proches ou des personnes neutres.

  • Évitez de vous venger. Se montrer odieux est rarement une bonne façon de se sentir digne et fier.

  • Rappelez-vous qu'il n'est pas facile de s'exposer. C'est ce que l'autre fait, reconnaissez-le.

  • Remerciez l'autre pour son courage, si vous en avez la force.

  • Gardez-vous de tomber dans les critiques et les reproches. C'est souvent tentant de se protéger lorsqu'on a mal en rejetant la faute sur l'autre mais c'est aussi une très mauvaise forme de communication qui vous empêchera d'avoir les réponses authentiques et vraies que vous recherchez.

  • Admettez vos responsabilités.

  • Parlez de vous, de vos émotions et de vos sentis. De vos difficultés de compréhension aussi.

  • Soyez à l'écoute. L'autre détient beaucoup des clés dont vous avez besoin pour guérir de son aveu.

  • Évitez de vous apitoyer sur votre sort. Voyez plutôt comment vous avez été un acteur actif dans cette relation. Tirez des conclusions sur les leçons à en tirer.

  • Soyez ouverts à toutes les formes d'excuses. Accueillez-les dignement, en remerciant l'autre d'admettre qu'il vous fait souffrir.

  • Croyez l'autre, tout en questionnant les zones qui restent dans l'ombre pour vous.

  • N'allez pas penser que vous êtes le seul à souffrir des aveux. L'autre aussi souffre de vous surprendre, de décevoir, de vous voir blessé. Se savoir uni à l'autre dans la souffrance, aussi différente soit la peine, nous permet de ne pas se sentir déconnecté trop brutalement de l'autre.

  • Après un certain temps, lorsque vous avez vos réponses, laissez-vous le temps et l'espace physique pour prendre conscience de vos besoins dans la relation, pour trouver pour vous les explications qui serviront le mieux votre guérison.

  • Acceptez de ne pas avoir obtenu toutes vos réponses. La vie est ainsi faite que tous les individus vivent différemment leurs histoires. Trouvez vos réponses pour vous-même, sans attendre que l'autre valide votre expérience. Ça n'arrivera sans doute jamais.

  • Gagnez en assurance en vous accordant assez de légitimité et d'amour pour croire en votre propre vécu. Vous en sortirez grandi et aurez moins tendance à accepter des situations inadéquates pour vous dans le futur. Quand quelqu'un se cache à nous, c'est parfois qu'on ne voulait pas entendre ses aveux pour ne pas en souffrir. Ce qui nous amène à idéaliser nos relations pour ce qu'elles ne sont pas vraiment. Ouvrir les yeux vous permet d'être plus ouvert à l'autre mais aussi de vous donner le droit de vivre selon vos réelles aspirations.

  • Restez ouverts à la suite de vos relations. Elles changeront peut-être mais vous réservent aussi sans doute de belles surprises.




Authenticité quand tu me prends


Être authentique n'est pas un exercice facile à maîtriser et, dans ses sillons, nous serons parfois maître, mais plus souvent élève. L'évoquer ainsi me rappelle à cette merveilleuse citation que je traine partout, gravée sur le couvercle de protection de mon téléphone cellulaire. Elle est de l'artiste américaine, Erin Hanson, et va comme suit:

There is freedom waiting for you, on the breezes of the sky. And you ask: "What if I fall?" "Oh but my darling, What if you fly?"





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